Embarquement immédiat avec Lura : la diva du Cap-Vert

Le samedi 7 mars 2020, j’ai eu le plaisir de rencontrer Lura lors de son concert à l’Atrium en Martinique par le biais de la radio Mouv.fm, une radio alternative basée à Fort-de-France. C’est une belle collaboration qui s’annonce! Et grâce à eux, j’ai fait connaissance avec une femme passionnée et passionnante, qui a pris le temps de nous chanter le titre : « Fanm Matinik Dou » de Francisco en créole martiniquais, qui a introduit le son de la conque de lambis dans un de ses titres en plein milieu de son concert. C’est une show-woman, elle prend le temps d’interagir avec son public, de l’inclure dans son spectacle. Afrique, Cap-Vert en passant par la Martinique, on est venu pour voyager musicalement. Elle se livre entière, elle fait des blagues, on est entre amis, on s’était perdu de vue, on fait connaissance. Tellement…Qu’on n’a pas envie de lui dire au revoir, on en veut encore! Et sous une standing ovation, elle revient et se donne encore pour deux chansons. Tout ça, c’est Lura et franchement ça vaut le détour!

Lura et la musique : une histoire d’amour qui débute par hasard.

Lura est née en 1975 à Lisbonne peu après l’indépendance du Cap-Vert. Elle étudiait dans la filière sports études, quand Juka, un chanteur de zouk originaire de São Tomé-et-Principe lui propose de participer à son nouvel album. Lura a à peine 17 ans. À 21 ans, elle enregistre Nha Vida, son premier disque. Lura se découvre ainsi une voix, un timbre grave et sensuel. Après ce succès, elle travaille avec d’autres artistes tels que Bonga, Tito Paris et Paulo Flores. Le label indépendant Lusafrica signe l’artiste et produit en 2004 « Di Korpu Ku Alma » (De corps et d’âme), le premier vrai disque capverdien de Lura, propulsé au pays et parmi la diaspora par le succès de « Na Ri Na« . Avec cet album, Lura est nommée en France aux Victoires de la Musique 2006 , dans la catégorie « Meilleur album de Musiques du Monde ».

Coup de cœur de la rédaction

Les albums et les concerts s’enchaînent, Lura sillonne le monde et conquiert un public toujours plus fidèle et attentif à sa musique. Début 2010, elle enregistre la chanson « Moda Bô » un titre inédit en duo avec Cesaria Evora. Une chanson écrite par Lura, pour la Diva aux pieds nus. Lorsque Cesaria disparaît en décembre 2011, comme tous les artistes capverdiens, Lura est dévastée. Un an plus tard, elle lui rend hommage avec la chanson “Nós Diva”. « Herança« , son dernier album sortit en octobre 2015 est une invitation expresse à redécouvrir l’intensité du Cap-Vert, de son peuple, de ses traditions et de sa musique, à travers la voix la plus mélodieuse et charismatique de toute une génération d’interprètes capverdien. Dans chaque album de Lura, se mêle musique traditionnelle du Cap-Vert et sonorités africaines.

« Moda Bô » une chanson écrite par Lura pour Cesaria Evora.

Lura en question

J’ai pu interviewer Lura dans le cadre somptueux du Simon Hôtel, un hôtel 4 étoiles situé en plein cœur de la ville de Fort-de-France.

Vous vous appelez Maria de Lurdes Pina Assunção, pourquoi avoir choisi Lura comme nom de scène?

« Lura c’est l’abréviation de Lurdes et de Assunção, c’est mon surnom, mon nom d’artiste. C’est une façon de protéger ma vie privée. Lura c’est l’artiste et Maria de Lurdes c’est autre chose. »

Comment êtes-vous passée de sports études à un album zouk en collaboration avec Juka?

« Juka c’est celui qui a découvert ma voix…J’étais encore à l’université, j’avais choisi la spécialisation danse. Pour choisir cette option, il fallait impérativement savoir faire de la danse classique et je ne savais pas. Je connaissais déjà Juka et je l’ai appelé pour qu’il me conseille. A ce moment-là, il donnait des cours de danse, il faisait des répétitions à côté de chez moi. Je participais à ses cours de danse et puis un jour il m’a dit : « ok, Lura tu veux danser mais je vais bientôt enregistré mon premier album, ça te dirait d’enregistrer un duo avec moi? » Il n’avait jamais entendu ma voix et moi-même je n’était pas consciente que je pouvais chanter. C’est la première fois que quelqu’un me parlait de chanter…alors j’ai dit non! Je n’avais jamais chanté de ma vie. Finalement, on a fait une expérience en studio, un duo qui s’est révélé être un succès. On a voyagé dans tous les pays africains où on parle portugais comme l’Angola, le Mozambique…C’est là que tout a commencé!« 

Pourquoi ne chantez-vous qu’en créole?

« J’ai commencé à parler le créole tard, je suis née à Lisbonne, je parlais toujours en portugais. Chanter en créole c’est rendre hommage à mes origines, mes racines cap-verdiennes. »

Quelle a été l’influence de Césaria Evora sur votre carrière?

« Elle m’a donné la fierté de chanter ma terre, mes origines dans le monde. J’ai fait 3 concerts au Portugal avec Césaria Evora, j’ai eu l’opportunité de chanter avec elle alors qu’elle était au top de sa carrière, elle jouait dans les meilleures salles du Portugal. J’ai pu faire sa première partie. Elle était notre diva. Après, on a fait un duo. Les derniers concerts de sa vie, on les a fait ensemble. C’était une chance incroyable, elle est une référence pour tous les cap-verdiens. »

D’où vous vient votre inspiration?

« Le quotidien, la vie, l’amour…Toutes les choses de la vie! Je me concentre toujours sur le positif, je vois toujours le bon côté dans une situation. J’aime chanter le positif, la joie. La vie est déjà triste alors on va pas pleurer tout le temps! »

Comment avez-vous vécu vos premiers succès? Étiez-vous bien entourée?

« C’était des nouvelles sensations, des nouvelles expériences tout le temps. Pour ma famille, ça a été une vraie surprise. J’ai commencé à sortir le soir, à rentrer tard! Je rentrais à 4h pour aller en cours à 8h. C’était nouveau pour eux. Petit à petit, j’ai commencé à connaître des gens, à connaître le métier. J’ai reçu une bonne éducation, nous avions de bonnes valeurs à la maison. Je ressens tout de suite les mauvaises vibrations et je préfère couper court quand je ne le sens pas. Je n’ai pas peur de dire non quand je sens que ce n’est pas pour moi. »

De toute votre discographie, quel est l’album qui vous a le plus touché?

« Si les chansons ne me touchent pas, je n’enregistre pas! Avec le temps, mes albums sont de plus en plus matures. Mon grand succès mondial c’était l’album « Di Korpu Ku Alma« , après j’ai continué dans le même style mais toujours plus profond, plus mature, toujours sur les racines, les histoires du Cap-Vert! Le dernier album : « Herança » (qui signifie « Héritage ») date de 2015, dans cet album je parle de mon héritage africain, de Gorée : l’île sénégalaise où les esclaves partaient pour aller au Cap-Vert. Là, ils ont trouvés les portugais, la colonisation et le métissage. Voilà comment est né le Cap-Vert. »

« J’ai beaucoup voyagé dans les pays africains comme le Sénégal, le Zimbabwé, le Congo et Côte d’Ivoire. L’Afrique c’est spécial, tu ressens que c’est l’origine de tout. Il faut y aller! »

Votre plus belle rencontre?

« Ma fille. Elle a 3 ans, je l’ai eu tard, à 41 ans. Elle est à Lisbonne en ce moment. (Elle me montre une photo de sa fille sur son portable). »

Votre chanson « Ponciana » raconte l’histoire d’une jeune femme du Cap-Vert qui tombe amoureuse d’un cap-verdien alors qu’elle était promise à un autre homme aux Pays-Bas…Est-ce une histoire vraie?

« On a une énorme communauté cap-verdienne aux Pays-Bas. C’est une histoire vraie dans le sens où ça arrive souvent. Ponciana est tombé enceinte d’un cap-verdien alors qu’elle devait épouser un riche hollandais. L’amour c’est plus important que les intérêts. »

Ponciana, Ponciana, Ponciana

Pensez-vous changer de style musical un jour?

« Oui, je cherche tout le temps d’autres influences musicales. J’ai toujours envie d’évoluer, de rester moderne, actuelle. »

Avez-vous un prochain album en préparation?

« Depuis 2015, je suis devenue maman. Beaucoup de choses se sont passées dans ma vie personnelle. Parfois c’est difficile de concilier ma vie privée et ma carrière. Ma fille est née au Cap-Vert et après on est partie vivre à Lisbonne. Mon premier album a été plus facile a enregistré, je n’avais aucune responsabilité, tout se faisait au feeling. Maintenant, je recherche le message, la musicalité, je veux un album réfléchi, c’est pour ça que ça prend du temps! C’est pour bientôt, je ne me suis fixée aucune date butoir, c’est beaucoup trop stressant, je ne veux pas forcer les choses. »

Comment as-tu réussi à trouver l’amour avec ce rythme de vie?

« Est-ce que j’ai déjà trouvé l’amour vraiment? Avec le père de ma fille, nous sommes déjà séparés. On s’est rencontré alors que j’étais en pleine préparation de mon dernier album au Cap-Vert. J’étais disponible. Un soir, je sors pour prendre un verre et je le rencontre, on se connaissait déjà. L’amour est là où tu ne t’y attends pas. Il faut aimer les gens mais il faut s’aimer soi-même d’abord avant tout. Croire en soi, investir en soi, être fier de soi. Aimer les gens, être gentil, après les choses se passent naturellement et normalement. »

Comment on danse le funanà?

« Il faut savoir que le funanà était une musique de revendication, un rythme interdit pendant l’esclavage puis sous la colonisation.« 

(Lura se lève et me montre quelques pas)

« C’est facile! Je pense que les martiniquais ont le même swing que les cap-verdiens. L’origine de la Kizumba c’est le zouk, les angolais ont changé le nom mais c’est du zouk! L’origine c’est Kassav! » 

Finalmente…

Si Lura est en concert près de chez vous, allez-y les yeux fermés! Je ne connaissais pas Lura et ça a été une vraie découverte. Pour autant, vous pouvez aussi télécharger l’application Mouv.fm, pour être à la pointe des nouveautés et découvrir de nouveaux artistes comme j’ai pu le faire avec Lura.

Quand je l’ai rencontrée pour l’interview, le courant est passé tout de suite, Lura a une énergie communicative. Elle a une aura positive et bienveillante! Elle vous sert le Cap-Vert sur un plateau. Pendant deux jours, j’ai écouté ses titres en boucle, j’étais comme dans une sorte de bulle, maintenant je suis incollable sur sa carrière. Si jamais elle revient en Martinique, je n’hésiterais pas une seconde!

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